Les complèxes industriels.

 

La manufacture de draps.

 

Nous n’évoquerons que très succinctement ici la manufacture de draps, car en effet, il y a déjà un grand nombre de bons ouvrages sur les manufactures royales du Carcassonnais.

En revanche, il existe plusieurs éléments qui relatent l’histoire de sa situation et les différentes affectations de ce lieu.

L’emplacement pour construire sa manufacture, Pierre-Louis de Reich ne le choisit pas par hasard, en effet c’était une des possessions dites «au noble» comprenant des bâtisses et un très grand pattu compris dans la résidence castrale qui dépendait de l’alleu patrimonial qui appartenait à la famille Reich depuis l’achat de la seigneurie de Saint-André possédé noblement et féodalement.

Situé entre la tour-porte fortifiée de Fresquel (Naval) et la place du Coustou, du Nord au Sud et de la muraille du fort à l‘ouest à la rue de la manufacture à l‘est. (A.D.11,124J360)


en haut à gauche actuel presbytère plus petit, la manufacture fut construite sur l'emplacement du cazal et patus de l'enclos castral de l'alleu patrimonial

Pierre-Louis avait 82 ans lors de sa création en 1696, 1697.

Il avait apporté un grand soin à la création du complexe industriel de la fabrication des étoffes.

Le bâtiment principal de la manufacture (N° 01, plan 12) comprenait les appartements des directeurs et cadres à l’étage, au rez-de-chaussée les ateliers de métiers à tisser internes au bâtiment et réception des étoffes. (total travaux près de 8.000 livres).

Elle restera simple manufacture de draps pour le levant jusqu’à la mort de Pierre-Louis à l‘âge de 97 ans en 1711.
N’ayant pas d’enfant, c’est sa sœur Marie femme de Pierre-François de Sévin de Mansancal, fondé de pouvoir de Pierre-Louis qui hérita.

  


actuel presbytère, le batiment de la manufacture

C’est Pierre-François qui fit les demandes afin que la manufacture reçoive ses lettres patentes et devienne manufacture royale.

(lettres patentes du 5 mars 1728, taxe de 650 livres, plus arrêt du parlement, taxe de 363 livres, enfin enregistrement à la cour des aydes de Montpellier, taxe 295 livres, 8 deniers, 11 sols.)

L’enclos de la manufacture comprenait les dépôts des balles d’étoffes en partance une fois emballées et les écuries. (N° 02, plan 12)

Les magasins et stockage des balles de laine en arrivage et en attente d’être réparties dans les ateliers des cardeurs se trouvaient au sud de la place du Coustou.

Cette bâtisse appelée magasin, que la famille Reich possédait depuis des temps immémoriaux, était l’ancien bâtiment de «La Mirande»(*), aujourd’hui le théâtre Na Loba  (N° 06, plan 04).


en bas au milieu, la mirande, fut un dépôt de la manufacture

La laine une fois effilochée(*) partait dans les différents ateliers de cardeurs(*) généralement des artisans indépendants sous-traitants, puis répartie chez les fileuses(*).

C’étaient les femmes de la communauté qui s‘occupaient de cette tâche, travaillant chez elles entre les tâches ménagères.

Après cette étape, les fils étaient pris en charge par les rétorseurs(*).

Là aussi, il s‘agissait à Pennautier de sous-traitants, cette phase étant très importante car devant être d’une fabrication rigoureuse et c’était par sa qualité que le tissage était réussi ou non.
Les ouvriers ou artisans rétorseurs percevaient de meilleures rémunérations.

Pierre-Louis fit bâtir 6 maisons à «place vieille», chemin Romieu, aujourd’hui avenue du portail d’Amont (N° 04, 05, 06, 07, 08, 09, plan 14) contenant deux métiers à tisser pour chaque maison.


de part et d'autre au milieu de l'avenue, trois maisons construitent pour les tisseurs

Les tisserands et leur famille habitaient au premier étage et possédaient un potager. (A.D.11,124J361)
De plus, Pierre-Louis de Reich avait doté à ses frais plusieurs particuliers de métiers battants (à tisser) .

En 1698, en plein essor la manufacture compte jusqu’à 30 métiers battants.
(A.D.11,124J360)
(en 1834, dans une correspondance que le maire fait au préfet de l’Aude, il mentionne que Pennautier renferme 150 métiers de tisserand de draps et une minoterie).

Une fois fabriquées les étoffes étaient envoyées à la teinturerie.


Pierre-Louis fit construire une maison pour les teinturiers (N°10, plan 13) (aujourd‘hui, n°01, avenue du Cabardès), un atelier de teinture (N°13, plan 13),  (sise à l‘actuel 25, 27 et 29 avenue Joliot Curie), avec 4 chaudières de cuivre, une chaudière en étain, 2 cuves en bois, 2 grands bassins de lavage(*) (N°14, plan 13) (niveau de la cour du n°29), toutes les conduites alimentation des eaux de la source dite «du teint» (N°12, plan 10) situé à proximité; pour la teinture les eaux du Fresquel n’avaient pas la qualité nécessaire, l’enclos (N°15, plan 13) accolé à la teinturerie servait à faire sécher les étoffes une fois teintes et passées au foulon.

      
                                    
la teinturerie de draps et la fontaine du teint

Il fit aussi construire des hangars pour le stockage du bois de chauffe des chaudières. (N° 16, plan 13)

Les étoffes partaient ensuite au foulon (n°04, plan 11) nouvellement construit aux abords des deux meules du moulin banier. (La modification du moulin et création du foulon attenant coûta 4.000 livres). (A.D.11,124J361)

Une des étapes de la fabrication des étoffes était le foulage. Elle avait la fonction de débarrasser les huiles et graisses servant aux différentes phases de leur confection.

L’eau devait être fortement chargée en sels minéraux, argiles et oligo-éléments, l’eau du Fresquel était en tout point excellente. On pouvait aussi y adjoindre des savons liquides, des cendres, de l‘urine.

Ce foulonnage servait aussi à resserrer les fibres du tissus qui pouvait perdre plus du 1/10e de ses dimensions et lui donnait une plus value de près de 50%.
Les tissus repartaient au séchage.
Le numéro 05 du plan 11, p. 48 montre la maison du foulonnier.


L’affinage, les apprêteurs et pareurs.

une maison avait été construite pour les affineurs (N° 11, plan 13) (aujourd’hui, n°21, avenue Joliot Curie et arrière du n°3, avenue du Cabardès) avec leurs plaques, une autre pour les pareurs(*) qui les apprêtaient afin de les rendre souples et soyeux.

  


à l'extrême droite, les presses
au centre à droite, la maison du teinturier
au centre à gauche, la maison du pareur
à l'extrême gauche la forge extra-muros

Enfin aux presses(*) (N° 12, plan 13) (aujourd’hui, n°3, avenue du Cabardès) qui avaient la fonction de faire la pliure et «l’enfagotage» des étoffes qui revenait aux magasins (n°2, plan 12) afin d’y être expédiées. (A.D.11,124J360)

(*)il existe sur le linteau d’une porte du bas de la rue Victor Hugo au n°01, en date de 1728, le signe distinctif d’un pareur de draps.


(*)«effilocher», aérer les laines à la main ou avec un peigne après ouverture des balles.


(*)«cardeurs», ouvrier ou artisan démêlant chaque fibre de laine avec une machine appelé cardeuse qui partait ensuite au filage.


(*)«filage», action de confectionner un fil unique à partir des fibres brutes, à laide d’un fuseau ou d’un rouet.

(*)«rétorseur», ouvrier ou artisan qui enroulait les fils de laine et les assemblait par trois afin de leur donner une grande résistance.


Les presses.

Les presses faisaient partie des installations industrielles crées par Pierre-Louis de Reich, elles complétaient les différentes étapes de la fabrication des draps de la manufacture, sa situation cadastrale d’après un compoix de 1681 (n°12, plan 13).

Plus une autre maison, où sont les presses, les affineurs (n°11, plan 13) et la maison du teinturier (n°10, plan 13) aux faubourgs confrontant d’Autan et Midi les chemins, de Cers et du Midi Monsieur de Pennautier et la maison où est la forge bannière, de Cers Jean Maurel, d’Aquilon Jean Coste. contenant le tout, quatre coups trois quart. (A.D.11,124J361)


La teinturerie.

Ici aussi, la teinturerie faisait partie de l’ensemble industriel créé par Pierre-Louis de Reich.
Situation cadastrale d’après un compoix de 1700. (A.D.11,4E279/1G43)

Plus autre maison (non-noble) où est la teinturerie (n°13, plan 13), bassin ou réservoir d’eau (n°14, plan 13) alimenté par la source «du Teint» (n°12, plan 10) pour l’usage de la dite teinturerie et pattu fermé (n°15, plan 13) servant d’étendoir pour sécher les laines de la manufacture, aux fauxbourgs. Confrontant, d’Autan les héritiers de mille acquéreurs de Mathieu Griffe (n°11, plan 10) et chemin, d’Aquilon la veuve de Mathieu Durand, de Cers le chemin d’Huniac, du midi le chemin et le Beilherot. Le tout contenant 617 cannes et demi ou quartérés trois coups. (près de 2000m2). (A.D.11,124J413)


fontaine du Teint

En 1706, les directeurs Lamarques frères et Boulats avaient fabriqué jusqu’à 400 pièces de draps pour le Levant. (A.D.11,124J360)

Le 15 avril 1787, une demande est faite afin d’organiser une patrouille de nuit de 6 à 8 hommes en armes pour la surveillance du village de minuit à trois heures du matin, suite à plusieurs effractions dans des maisons et à la manufacture où il fut volé dans un petit cabinet, 40 écus d’or et deux petits pistolets. Les voleurs avaient fait un trou dans la muraille, mais avait été dérangés par les ouvriers prenant leurs services à trois heures du matin.

La patrouille autorisée était constituée de bourgeois, consuls et des principaux habitants taillables. Elle était formée de 6 hommes et son commandant.

Chaque homme recevait 12 sols par nuit, ils patrouillèrent de fin avril à fin juillet 1787.

L’enclos de la teinturerie, à droite la fontaine du teint dont la source ce trouve en haut de la ruelle
En 1803, une plainte des habitants fut déposée car les écorces servant à la teinture émanant de la teinturerie du Barri, obstruent les 2/3 de l’abreuvoir qui se trouve entre la maison de monsieur Caucal et celle de monsieur Coste. (A.D.11,4E279/5I1)


La teinturerie est tenue par monsieur Coste en 1844.  (A.D.11,4E279/2F1)

La chute des activités de la manufacture royale de draps survint dans les années 1846, 1847.

Afin de pallier au très grand nombre d’ouvriers, d’artisans et de sous-traitants touchés par le chômage résultat de cet arrêt, la commune mis en place des ateliers de charité sur une idée du ministre de l’intérieur, monsieur Coste teinturier de la manufacture créa dans le foulé sa manufacture de cuirs qui, elle aussi, en repris un grand nombres.

Il s’agissait d’utiliser les habitants aux travaux de voirie qui devenaient très urgents au regard des progrès de transport que l’industrie naissante apportait.

Plusieurs chemins de la commune furent complètement modifiés, remaniés et modernisés, avec des coupures de mauvais tournants, côtes rabotés et fossés créés.
Des travaux de réhabilitation des écoles, des rues du village, des fontaines, etc.

Entre 1847 et 1957 les bâtiments servirent d’école chrétienne (de garçons), de maison presbytérale et de classe de catéchisme. 

 

   


entrée du presbytère actuel, ancienne école chrétienne, ancienne manufacture royale de draps pour le levant, ancien cazal noble complétant l'ensemble castral seigneurial du fief possédé en alleu patrimonial